Les poèmes sont de fragiles notes de solfège
Les peines et les joies galopent sur la partition...
La symphonie des larmes les suivent en cortège;
La guitare rit; la flûte pleure, et danse le violon.
Nadji se massa le crâne tandis qu'il reprenait ses esprits et se relevait. Sa main noueuse courrut le contour de ses yeux pour s'assurer que les vieilles lunettes soient toujours en place. Fidèles, ces dernières reposaient sur le bout de son nez; branlantes, sales; fissurées mais toujours présentes. La main de Nadji descendit alors le long de son corps maigre pour retrouver son bâton sec. Le rituel accomplit; il se mira une dernière fois dans la mare pboueuse; il n'y trouva que le reflet tremblotant de sa silhouette; la girafe en lapant l'eau, en avait troublé la surface pour quelques heures. La fatigue le fit tanguer comme une pirogue buttant sur une vague capricieuse; pourtant, se massant le dos et se tenant le rein, grinçant comme une vieille porte grincheuse l'homme se leva en grimaçant. La fatigue pleuvait sur ses épaules frêles, cahin-caha sa marche continuait; irrégulière, affaiblit mais empreinte d'une force certaine.
Le soleil demeurait sur son trône à midi; fidèle au rendez-vous chaque jour depuis des mois; Ne laissant nul répis aux êtres humains et aux animaux; courbant les échines et accouchant de gouttes de sueurs sur les fronts ridés par la chaleur. Nadji s'arrêta un instant et regarda derrière lui; il sentait quelque chose qui le suivait...comme toujours, mais jamais il ne voyait cette fameuse "chose"...comme toujours. Lassé de cette poursuite sans poursuivant il leva les yeux au ciel; ses doigts délaissèrent l'unique branche de lunettes un instant pour se poster sur le front du vieil homme qui fixait le soleil moqueur.
Il s'arrêta pour s'assoir contre un acacia. L'herbe jaunie chatouillait les doigts de pieds qui dépassait des sandales taillées dans des pneus usés. Il soupira; pencha la tête légèrement et remercia l'arbre épineux de lui fournir un peu d'ombre. Rien ne bougeait à l'horizon; même les feuilles friandes de la moindre brise restaient immobiles; essayant de capter en vain un petit souffle de vent pour danser comme elles aimaient tant le faire. Nadji remâchait les paroles de la girafe comme un zèbre ruminant lorsque son regard baissé vit se profiler une ombre étrangère près de lui. Il pensa à un nuage et leva son regard empplit soudain d'un grandissant...d'un grandissant...quoi au juste ? Il allait méditer sur la question lorsque l'ombre fine se dessina un peu mieux. Les contours apparurent plus nettement et Nadji devina la silhouette d'une gazelle de thomson. Cette dernière était venue jusqu'au pieds du vieillard pour broutter les brindilles qui chatouillaient ses orteils. Frissonnante la fragile créature effrayée restait pourtant là; si près de Nadji que tendre la main lui aurait permis de toucher la soyeuse toison brune de l'animal.
Etrange cette petite gazelle qui semblait chercher à vaincre sa peur de l'homme. Nadji se demanda pourquoi elle se risquait si proche de lui; pourquoi malgré ses genoux tremblants la gazelle continuait de brouter; ses grands yeux noirs craintifs rivés sur son visage. Perdu dans ses pensées; tandis qu'il cherchait le pourquoi, le vieil homme sentit le souffle de son grand père lui revenir en mémoire et murmurer « ferme tes yeux, écoute le silence, et tu verras qu’il parle ». Alors le bruit des dents fines de l'animal se mirent à composer une chansonnette; ses sabots frappant sur le sol desséché et ses tremblantes pattes se mirent à parler...comme le cil de la girafe.
"Tam-tam-tam…Tambour battant t’en vas grand-père, chercher l’espoir pour les enfants. Tam-tam-tam…toi qui sais désormais que le bonheur n'est point l'espoir...La girafe t'as appris à savoir ce que tu voulais vraiment; mais saurais-tu le reconnaître ? tam-tam-tam L'espoir n'est pas la plus belle plume d'oiseau; une pierre scintillante tam-tam-tam. Impalpable comme le souffle de vie entre tes lèvres; tam-tam-tam, comme un battement de coeur: si fragile, si petit mais agent de survie. Et si l'espoir n'est point le vent qui court les dunes, il est son frère. Tam-tam-tam...S'éteignant affaiblit lorsqu'on le refuse. Tam-tam-tam...Invisible à tes yeux ou à tes verres de lunettes; il court sans se soucier du temps bi de l'espace. Tam-tam-tam...silencieux sans laisser d'empreinte, libre de prédateur. Il te faudra chercher un seigneur invisible et silencieux tout simplement Tam-tam-tam .... sauras-tu grand-père Nadjji toi qui sais ce que tu cherches, sauras -tu désormais le reconnaître aussi? Tam-tam-tam...Tam-tam-tam…Tambour battant t’en vas grand-père, chercher l’espoir pour les enfants. Tam-tam-tam…"
Après cette utlime note de solfège des pattes de la bêtes et le chant de ses machoîres tout s'arrêta brusquement. Un bond gracieux conclut cette rencontre; tandis que, Nadji s'éveillait une fois de plus, effrayant la gazelle en s'étirant et en posant sur ses yeux les lunettes brisées
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@ suivre
© Calli Kayan
La jeunesse d'un antan
Quelques mèches de cheveux blancs qui s'éparpillent...
Courant le chemin d'une ride, traçants un passé éloigné;
Une histoire glorieuse que la maladie du temps pille.
Arrachant l'or des fils de la jeunesse de l'être aimé.
***
Tu te raccroches à ces cheveux filins et tombe avec eux;
Son regard las a perdu la lueur que tu recherchais.
Dans ta chute, tu entraînes le souvenir de tes yeux...
Défunte l'image de jeunesse de cet être que tu aimais.
***
Ce n'est pas ton dos qui te fais le plus souffrir, mais le sien
C'est son échine courbée qui te brûle tant et t'épuise.
L'épée de combat glisse des doigts et s'abîment les reins;
Les crocs du temps ont cassé cet être; les os se brisent.
***
Par sa respiration haletante, tu sens que t'étouffent ces chaînes
La lueur de ses yeux est juge sévère de ta propre fatigue.
Tu sais que tu veillis, c'est sa souffrance qui t'apprend la tienne,
Car ce que tu refuses en toi, l'autre te l'offre sans mensonge.
***
C'est pourquoi, vieille femme, tu t'es languis de ton amant.
Pour t'avoir avoué de son regard ta terrible déchéance,
Tu le crains, cet homme aux cheveux si rares et si blancs
Tu le hais, cet être ami et compagnon que tu chérissais tant.
© Calli Kayan
Samedi 14 juillet 2007
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