Nouvel essai pour la nouvelle sur le thème "rouge". Concours national des universités de France (gloups) Plus original je pense et plus axé sur le rouge. Puisque tout ce qui la guide est rouge. Le plus dur restant cette fichue limite de 2500 mots. Voici le début avec pour l'instant 1990 mots
« Je me souviens de la première fois où j’ai ouvert les yeux et du goût des larmes. Ma mère disait que les chats ne pleurent jamais, n’aiment pas et ne haïssent pas…Ils survivent tout simplement ! Les sentiments sont faits pour les humains. Ce n’était donc pas moi qui pleurait, mais mes yeux. Aussi fragiles qu’étranges, ils craignaient le soleil de midi. Pourtant je me suis habituée et ça ne m’a pas empêchée de cabrioler comme une petite folle dans la ferme.
L’aube me tirait toujours du sommeil ; son voile d’un rouge doux me chatouillait les poils et m’offrait une nouvelle journée de couleurs. J’aimais la lumière matinale, trop faible pour abîmer mes étranges prunelles. Mon jeu préféré consistait à suivre les rayons rouges du soleil à demi-endormi. Je sautais alors, debout sur mes pattes arrières pour essayer d’attraper les fines poussières dansantes qu’il révélait. Tout à mon jeu j’avais fini, ce jour-là par atterrir dans la petite chambrette de ma maîtresse. Sur la commode en bois d’ébène marqué des griffures du temps, reposait un miroir. Une fissure parcourait son corps étrange et je m’approchai de cette créature immobile. Lorsque mes pattes arrières trouvèrent les draps doux comme appuis ; celles de devant osèrent se lever pour s’appuyer sur le bois noir. Mais une petite chatte arrêta mon exploration. Je ne l’avais pas remarqué avant ; elle devait avoir le même âge que moi…Ses minuscules pattes blanches frôlaient les miennes mais son contact était froid comme si sa fourrure était cristallisée ; dure comme un objet. Les oreilles et le museau pointés en avant elle me fixait d’un air de défi. Comme ma mère me l’avait enseigné j’émit un grognement sourd ; l’avertissant de ma domination. Elle aussi, plaqua ses oreilles en arrière. Ses yeux me mettaient mal à l’aise, ils étaient d’un rouge entêtant. Pendant longtemps encore je jouais avec la chatte inaccessible. Tantôt je la haïssais de ne pas pouvoir la toucher et de la voir répondre à mes provocations ; tantôt je l’aimais de partager ce moment avec moi. Le temps passa vite et midi arriva…J’allais cesser de jouer avec la chatte que je ne pouvais atteindre lorsque ses yeux rouges me fixèrent. Je la défiais de me quitter en première et elle répondait comme toujours. Le rayon profond du soleil bien éveillé cette fois donnait une étrange texture à son pelage. Il l’effaçait de moitié et sa silhouette était floue. Un instant encore je regardais ses yeux. Ils pleuraient ; me toisant pourtant sans tristesse aucune. Une goutte de pluie perla dans mon poil au même instant. Je compris que j’étais seule dans cette pièce à jouer avec mon reflet. J’étais la seule chatte dont les yeux pleurent disait ma mère. La seule qui avait deux coquelicots dans les prunelles.
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C’est ainsi que j’ai grandi avec mon image. Ma mère disait que c’était inutile ; que l’identité d’un chat ne se trouve pas dans le regard mais dans les hormones. Moi j’aimais me regarder dans le miroir fissuré ; je restais de long moments à fixer mes yeux. Il faut dire que j’aimais beaucoup les coquelicots. On en trouvait dans les plaines de mon Anjou et j’appréciais leurs douce corolle chatouillant mon museau taquin. Le nez enfouit dedans, je leur volais la rosée du matin posée sur leurs pétales. Ils étaient de formidables mouchoirs soyeux. Même adulte j’ai continué de courir par les champs enfouir mon museau dans les coquelicots jusqu’à ce que l’humidité me fasse éternuer. Mais, écoutant ma mère comme tout chatte respectueuse se doit de le faire j’ai cessé de regarder dans le miroir ceux qui avaient éclos dans mon regard. Pierre aussi grandissait. Il apprit à faire du vélo vers ses 12 ans alors que mes pattes fatiguaient déjà un peu. J’apprit avec lui lorsqu’il me mit d’office dans un petit panier d’osier devant le guidon rouge ; juste à côté de la sonnette. Mes yeux pleuraient toujours pendant nos promenades…Surtout en été, l’époque des coquelicots. Je pense que c’était la pluie des nuages qui transcendait mon corps pour venir arroser ceux que j’avais dans mes prunelles. Ca serait si triste qu’ils se fanent et meurent de soif…
« Qu’elles soient chagrines ou heureuses. Les pluies font grandir les enfants, les cours d'eau et les coquelicots»
Les pluies tombant sur notre chemin de terre, près de la maison et dans nos cœurs étaient joyeuses. Depuis 17 ans maintenant je ne connaissais que le bonheur. Ma mère était morte depuis longtemps déjà mais je n’avais pas pleuré. Les chats ne pleurent pas disait-elle. Malgré mon âge je continuais de fleurer les coquelicots, posant mon nez au creux de leur cœur pour que leurs pétales entourent mon museau ; pliant légèrement mes moustaches. Ce jour-là, dans l’aube rougissante comme toujours je cavalais dans les champs. Un coquelicot soyeux n’attendait que moi et je me régalais à l’avance de sentir ses petits bras de soie entourer mon museau. Pourtant un mouvement sur le haut de la petite fleur m’en empêcha. C’était une coccinelle, avec ses petits points noirs sur le dos ; comme les petites tâches d’encre d’une écolière peu soignée ; sa jolie robe rouge qui ne se froisse jamais et ses ailes transparentes comme un filet d’eau. J’aimais ces créatures. Non pas pour la poésie qui s’en dégageait mais l’amusement. Mes instincts de chasse revenaient et je me mis à poursuivre gaiement la bestiole. Sa minuscule silhouette volait bas et je l’avais suivi en courant malgré mes muscles fatigués. La vilaine m’entraîna près d’une maison voisine à la notre et me fit grimper jusqu’au grenier. Escaladant le mur de pierre ; bien décidé à regarder encore la coccinelle je n’hésitais pas et pénétrais dans ces lieux inconnus. Une forte odeur parmi tant d’autres inconnues me fit plaquer les oreilles. Mes yeux ne pleuraient plus car la pénombre les protégeaient. Une silhouette rousse et rayée s’approcha de moi ; me reniflant nerveusement. J’étais trop vieille et n’avait plus de chaleurs. C’était un drôle de avec une oreille en moins et un engin d’humain-Une vieille machine à écrire- posé sur le sol poussiéreux entre les pattes. Sur la lettre C la coccinelle était posée ; nettoyant soigneusement ses pattes fines. C coquelicot, C Coccinelle… Puis elle s’envola définitivement vers le ciel tandis que je faisais les présentations avec le vieux chat. Il avait un an ou deux de plus que moi. C’était son odeur qui me le disait. Ensemble, après nous être reniflé et même griffés légèrement pour montrer qui était dominant-ce fut lui- nous nous approchâmes de l’objet. Il m’expliqua qu’il avait vu son maître écrire et que ce dernier, ayant une migraine affreuse avait laissé la machine telle quelle sans la ranger pour aller se coucher. Il attendait une opportunité comme celle-là depuis longtemps car glisser les feuilles dedans lui était impossible. Comme c’était lui le dominant il eut le droit de s’informer le premier. Reniflant la machine ; mettant ses pattes dessus puis s’y frottant pour la marquer de son odeur. L’une de mes moustaches effleura l’engin et je posais ma patte blanche en même temps que la sienne sur une touche sans lettre. J’appuyais plus fort, curieuse de savoir laquelle c’était-nous autres chats savons parler et lire l’humain. Après tout pourquoi ne comprendrions-nous pas cette langue que nous côtoyons depuis toujours ? C’était un R…R Rencontre, R Rouge comme les coquelicots de mes yeux me souffla Aristote.
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Je suis souvent revenue voir Aristote ; il était ce compagnon que je n’avais jamais eu dans ma jeunesse. Mes frères et sœurs ayant tous été donné à des amis de mes maîtres. C’était un être calme et patient qui ne se lassait pas d’étudier la machine pour l’apprivoiser. Son écrivain de maître avait définitivement abandonné ses poèmes ainsi que ses larmes. Les humains pleuraient eux, mais seulement quand ils avaient assez de larmes. L’amour-encore un sentiment humain- disait Aristote , lui avait volé ses dernières gouttes de sel. Mes visites avaient lieu chaque jour aux alentours de midi. C’était dans ces moments-là que j’appréciais le plus la pénombre du grenier qui protégeait mes yeux. Pourtant je manqua le rendez-vous un jour. Un seul jour, c’était l’anniversaire du plus jeune de mes maîtres et le mien-Nous étions né le même jour-Dix-huits ans de conclu. Pourtant le gâteau aux framboises bien mures n’était pas sur la table en bois de la cuisine... Pourtant, les sourires n’étaient pas sur les visages. C’était aussi la veille de l’anniversaire du plus âgé de ms maîtres qui, demain aurait 46 ans. –Mais comment tenait-il encore sur ses pattes ? A dix-huits ans j’y peinais moi-Mes maîtres et la femme de maison semblaient inquiets ; Immobiles dans la grande maison qui ne riait plus. Lorsque Pierre se leva, il me tira de ma sieste sur le seuil de la porte. Je remarquai alors l’entrée d’humains inconnus. Leur odeur était d’ailleurs ; ils avaient voyagé. Où ? Je n’en savais rien. Je me pelotonnais près de Pierre qui tremblait ; levant mes yeux malgré le soleil ardent je regardais l’homme étrange.
« Bonjour, Monsieur et Madame Le Franc. Jeune homme »
Il esquissa un drôle de salut en mettant sa patte-les humains appellent sa main-sur sa tempe.
« Vous n’ignorez pas l’appel que l’on a passé sur les ondes ? Bien, nous avons fait un petit recensement et nous vous prions de rejoindre le rang de nos patriotes qui se battent pour notre pays »
Ma maîtresse intervint. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi il fallait se battre. Nous les chats, nous marquions notre territoire souvent de notre urine et chacun respectait les limites. Parfois une ou deux rixe éclataient mais aucun chat n’allait demander à l’autre de l’aider à se battre pour son territoire. Surtout si c’était un chat inconnu.
« Vous ne pouvez pas »-Fit-elle d’un ton assuré-« Pierre est trop jeune, et Jean trop âgé. Vous avez dû vous tromper il n’y a aucun appelé dans cette maison »
« Madame ; la Mairie a inscrit leur nom et leur date de naissance dès leur premier cri. Et le registre est formel ; ainsi que nos règlements. Nous engageons tous les hommes en bonne santé de dix-huit ans à quarante-cinq. Jean Le Franc et Pierre Le Franc présentement l’âge requis. »
Moi aussi j’avais dix-huit ans mais ça ne me concernait pas, j’étais une femelle pas un mâle et j’étais un félin.
« Monsieur... »
« Colonnel » reprit l’homme sévère en vêtements militaires
« Colonnel, ne me faites pas ça. Je n’aurais plus d’homme à la maison et je suis malade. Jean aura un an de plus demain et Pierre n’en a dix-huit que depuis aujourd’hui »
« Aujourd’hui est aujourd’hui ; ce n’est plus trop tôt pour Pierre. Demain n’est pas aujourd’hui, il n’est pas trop tard pour Jean. Madame, il s’agit de défendre la France ! »
Mes maîtres furent priés de préparer leurs affaires ; Lise Le Franc secoua tristement la tête puis toussa violemment. Malgré le soleil en face de moi je remarquais son mouchoir blanc et soyeux se couvrir de rouge. Un peu comme un coquelicot dans lequel elle aurait mit son nez, comme moi. Mais le rouge était bien plus entêtant et l’éternuement provoqué n’était pas amusant ; il semblait faire mal. Je ne sais pas pourquoi la vue du sang me déplût ; j’en avais pourtant l’habitude avec les souris et les oiseaux. Peut-être était-ce parce faisait trembler la main habituellement ferme qui caressait mon pelage blanc ? Comme je voulais échapper à cette vision j’escaladais les escaliers et rejoignit Pierre et Jean ; me glissant en silence dans leur pas. J’ignorais leur mine triste, seul comptait Le sac sur leurs épaules comme lors de nos randonnées. J’aimais ces longues promenades parmi la campagne. Il y avait toujours des coquelicots sur le chemin ; plus encore que dans les champs où je me rendais le matin.
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...A suivre...

