Lundi 25 juin 2007 à 18h18
La saupe et son vieux sar
La saupe et son vieux sar
Encapuchonnée d'argent et l'œil savant...
La vieille devina à la page vide ma peine.
Poéte, va donc au pays de Bohème...
Mon cousin avant d'y être roi, y fut gitan.
***
Il est fort connu que ces grands voyageurs.
Contes et légendes connaissent par milliers.
C'est ainsi que je me suis mise à la plongée;
Et que mon espagnol embrouillé je démêlais.
***
Paré de palmes, d'un tuba et d'un dictionnaire
Je me rendais au récif où logeait le mérou royal.
Me cognant deci-delà sur quelques colorés coraux;
Le maître arriva me décoincer de mes rameaux...
***
« Encore un, le dernier poète en perdition bullait anglais
Ne m'en dit pas plus palme maladroite, tout je sais... »
Assied-toi sur ce rocher, ma cousine à trop bon cœur
Chaque larme d'artiste sans conte attise ses pleurs.
***
« Une histoire romantique, les français aiment l'amour
Senor; por favor racontez-moi une affaire de cœur »
D'impatience je bullais un peu plus dans mon détendeur
« Vale, tengo lo que quieres...commençons sans détours.
***
Il était une fois, une famille de saupes argentées broutant
Dégustant les pozidonies des sieurs Sars, peu commodes...
N'aimant pas que ces bavards autour de leur plat rôdent...
Ils vinrent aiguiller les chapardeurs, avec pour épée les dents
***
Depuis des siècles il en était ainsi, les familles se haïssant...
Les guerres éclataient pour rien...des herbes plus vertes...
Pour des rochers qui grattent mieux, du sable plus blanc
Quoi qu'il en soit, un sar rencontra la jolie saupe Alberte.
***
Les beaux yeux de la saupes effarée plurent au guerrier.
Inutile de dire que la belle s'enfuit à toutes nageoires...
Pourtant dans sa course elle ne vit les dents du requin noir;
Courageux; le sar d'amour foudroyé à son secours vola.
***
Les flancs déchirés, l'haleine coupée, mais le cœur battant.
La belle le porta au creux d'un récif et le soigna tendrement.
La convalescence fut longue; elle le découvrit attendrissant.
Quant à lui, il ne la trouva point bête comme disaient les sars
***
Ma belle saupe, mes frères vous disent stupides et bavardes
Mon beau sar, mes sœurs vous disent bravaches et cruels...
Puisque nous fûmes trompés, tromper les préjugés; il me tarde
Vous êtes la poésie qui me manquais, je sens la vie plus belle.
***
Ils s'aimèrent donc en secret, voilant l'antre d'algues vertes
Mais les familles veillaient, on les délogea de leur grotte abri.
Le Sar mima la mort pour éviter que la saupe ne fut découverte
Ainsi le déshonneur fut évincé des plus durs des sévères esprits.
***
On crut qu'Alberte avait tué le Sar, les saupes la félicitèrent.
Les ennemis la respectèrent et craignirent la nouvelle guerrière
Mais la pauvrette, après quelques jours eut peur pour son amant.
Dans la grotte il gisait encore; affamé mais bel et bien vivant.
***
La saupe le croyant mort prit une dent de lait de requin
Mais le sar; alors qu'elle s'ouvrait le bas-flanc l'interrompit...
Tous deux en piteux état s'embrassèrent, seuls enfin....
Non séchez vos larmes; car sachez qu'ils restèrent en vie. »
***
Le poète que je suis s'indigna, « ce n'est pas bien de voler »...
« Je ne vole pas , je nage voyons, des ailes vous voyez ? »
« Vilain Mérou, le grand Shakespeare vous avez osé plagié
Pour la peine mon bel ami je vais devoir vous manger... »
***
« Rappelez-vous de juger avant de me mettre en assiette.
Cet artiste qui bullait anglais c'était votre Shakespeare
Je lui parlais d'Alberte; ma bonne amie saupe qui vit encor'
Mais comme cet artiste était un triste, il fit mourir ses compères »
***
Il est vrai que le poème du grand mérou se finit bien mieux
De plus il me semblait avoir vu un seux poissons nageants
Se sont-ils embrassés ? La saupe et son sar bien plus vieux;
Baroudeur qu'un requin avait tatoué de ses terribles dents...
***
« Ecrire une histoire, déjà vécue bien avant, alors… c'est tricher...
Quelle leçon en tirer, les artistes ne sont qu'en fait des copieurs »
« Ne prend point ombrage poète et continu d'écrire nos coeurs...
Car sache que la beauté de cette histoire n'aurait pu exister...
...Si il n'y avait pas eu de tricheur pour la conter.... »
MORALITE : même si les poètes trichent nous avons besoin d'eux car sans la triche
les belles histoires seraient invisibles
© Calli Kayan
Mardi 29 mai 2007